Rapport interassociatif avril 2018

Dans le cadre de l’enquête publique lancée par la MEL pour mise en compatibilité du Plan local d’urbanisme avec le projet de la ZAC Saint-Sauveur en mars-avril 2018, trois associations (Entrelianes, Amis de la Terre Nord, ASPI) et un collectif (Fête la friche) ont regroupé et croisé leurs expertises respectives pour rédiger un avis motivé présenté dans ce rapport interassociatif qui nous sert d’argumentaire.

Synthèse du rapport

Notre rapport met en évidence une sous-estimation systématique des risques sanitaires (notamment sur la pollution de l’eau et de l’air, et sur la régulation climatique) ; l’incompatibilité du projet avec une politique équitable de répartition des équipements sportifs à l’échelle de la Métropole et de la Région et avec une gestion cohérente de l’argent public ; les manquements en termes d’évitement ou de compensation des nuisances écologiques ; et la suppression de la dernière opportunité de répondre au manque d’espaces de nature publics à Lille.

1. Santé pour la population : air, eau, climat, des risques sous-évalués

  • Pollution de l’eau : les risques de pollution des nappes
    L’enjeu de la ressource en eau sur le territoire de la métropole lilloise est connu des pouvoirs publics et particulièrement mis en avant dans l’analyse des incidences sur l’environnement du PLU2. Or, comme nous le démontrons, le projet présente des risques avérés sur les nappes, avec risques de transfert de pollution, non acceptables du point de vue de l’intérêt général.

Nous demandons à ce que la partie Est de Saint-Sauveur intégrant le Belvédère soit déclarée inconstructible afin de tenir compte de la vulnérabilité particulière de la nappe de la craie et par voie de conséquence de la nappe du carbonifère à cet endroit.

  • Pollution de l’air : une sous-évaluation systématique de la pollution induite par le projet
    Nous montrons que l’étude permettant d’évaluer la modification de la qualité de l’air liée à l’implantation du projet Saint Sauveur, dite « étude de dispersion de polluants atmosphériques », est méthodologiquement fortement biaisée. D’une part, pour l’évaluation du niveau actuel de pollution, la validité de l’étude de mesure sur site des polluants est biaisée par : les périodes de mesures choisies (campagne dite « d’hiver » réalisée fin mars-début avril) ; la période de référence (2012 et 2014 pour évaluer l’état réel de pollution en 2018) ; l’échantillon des sites mesurés (aucune mesure réalisée sur les zones où le trafic est le plus élevé au sud-est du site) ; le choix des polluants mesurés (les PM10 et PM2,5 n’ont pas été mesurés). D’autre part, la modélisation de la pollution future s’appuie sur l’hypothèse que les Lillois changent leurs manières de se déplacer, comme le prévoyait le Plan de Déplacement Urbain 2010-2020. Or l’évaluation à mi-parcours de ce PDU, parue en 2017, et non intégrée à l’étude d’impact remet fortement en question ces hypothèses : la part modale de la voiture a augmenté et celle de la marche a baissé, au contraire de ce qui était prévu. Cette évaluation à mi-parcours estime que le programme d’actions prévu dans le PDU 2010-2020 sera mis en œuvre à hauteur de 61% seulement en 2020. Enfin, les impacts directs pour les riverains ne sont pas pris en compte, malgré les modifications importantes de leur cadre de vie induites par le projet.

Nous demandons une nouvelle étude corrigeant l’ensemble des biais constatés pour évaluer correctement le risque sanitaire lié à la pollution atmosphérique et préciser les impacts directs sur les riverains.

  • La fonction de régulation climatique du site, et notamment du Belvédère
    L’étude d’impact oublie une fonction éco-systémique majeure du site actuel et notamment du Belvédère : son rôle de régulation thermique permettant de baisser de manière très significative la température de la zone, et ainsi de jouer un rôle essentiel dans la lutte contre les îlots de chaleur urbains. On s’étonne qu’elle ne s’appuie pas sur les données de l’étude de l’Agence de Développement et d’Urbanisme Lille Métropole sur les îlots de chaleur urbains dans la métropole (publiée mi-2017), et reprennent des mesures de température sommaires qui remontent à 20 ans (janvier et février 1997). L’étude publiée par l’ADULM invalide complètement les conclusions tirées de ces données.

Nous demandons que cette fonction de régulation climatique du site soit prise en compte, et conduise notamment à la préservation intégrale du Belvédère.

2. Démocratie: la piscine au Belvédère, une décision incompatible avec une répartition équitable des équipements sportifs et avec une gestion cohérente

Initialement, une piscine olympique devait être implantée à Tourcoing : d’une surface de 9 800 m2, elle avait été chiffrée à 19,9 M € soit beaucoup moins cher que le projet actuel de piscine olympique (49,8 M € HT pour la seule partie investissement). Pourquoi ce projet a-t-il été abandonné et comment comprendre un tel différentiel de coût entre les deux projets ?

De plus, ce projet d’implantation conduirait à supprimer deux autres projets de piscine très attendues dans leur quartier respectif : le projet de rénovation de la piscine Marx Dormoy à Bois-Blancs ; le projet de construction d’une piscine sur Fives. Enfin, ce projet viendrait faire doublon avec les équipements de Dunkerque : une piscine olympique qui accueille des compétitions nationales et internationales et, depuis 2017, une fosse de plongée de 20 mètres, ce qui en fait la plus profonde dans le Nord.

Nous demandons à ce que le projet de piscine olympique à Saint Sauveur soit remis en perspective avec les objectifs, affichés par les collectivités locales, de répartition équitable et cohérente des ressources à l’échelle d’un territoire élargi.

3. Biodiversité : les manquements en matière d’application du principe ERC (Eviter- Réduire-Compenser)

Aucune mesure d’évitement, de réduction ou de compensation pour le cortège d’oiseaux nicheurs protégés (fauvette grisette, verdier d’Europe, chardonneret élégant, faucon crécerelle) et pour deux chiroptères classés dans la Directive Européenne Habitat comme « espèces animales ou végétales d’intérêt communautaire nécessitant une protection stricte» (pipistrelle commune et sérotine commune) n’est proposée dans la demande d’autorisation de destruction d’espèces ou d’habitats instruit par la maîtrise d’ouvrage de Saint-Sauveur et dont fait état l’étude d’impact.

Les seules compensations proposées sont relatives à deux espèces floristiques (linaire couchée et orphis abeille) et à une espèce faunistique, le lézard des murailles. Des mesures « de réduction » sur la faune sont prétendument proposées mais elles ne sont en fait que des mesures de déplacement de l’impact dans le temps (travaux hors la période de nidification, ce qui est de toutes les façons obligatoire).

Le projet ne respecte donc pas le cadre légal de la prise en compte des enjeux environnementaux et à ce titre ne peut être classé au Plan Local d’Urbanisme en l’état.

Nous demandons à ce que le projet soit modifié pour respecter les obligations légales qui s’imposent à tout projet d’aménagement en matière environnementale, notamment sur l’application du principe ERC.

4. Espaces verts publics : la suppression de la dernière opportunité de répondre au besoin de nature des Lillois

La ville de Lille manque cruellement d’espaces verts publics. Les projets d’urbanisme en proximité immédiate du site Saint Sauveur risquent d’accroître ce déficit. Au regard de la programmation de logements à l’échelle de ces nouveaux quartiers, le nombre de m2 d’espaces verts publics créés devrait être de 11 ha pour simplement ne pas diminuer le ratio actuel de 14 m2/habitant.e, et 13 ha si le Belvédère devait disparaître.

Ce déficit d’espaces verts est bien identifié par les habitants eux-mêmes qui réclament des espaces supplémentaires (cf. la pétition « Stop ! Lille étouffe ! Sauvons Saint Sauveur » et « Je carticipe »). La Ville, malgré ce déficit, renonce à agir de manière volontariste pour corriger ce problème majeur, et, au contraire, s’engage dans une voie aggravant ce phénomène. La zone de Saint Sauveur constitue la dernière opportunité disponible à Lille pour apporter une solution à ce problème.

Nous demandons à ce que l’aménagement de la zone Saint Sauveur intègre la création de 11 ha d’espaces verts publics supplémentaires et conserve les 2 ha du Belvédère, soit 13 ha au total.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

Créer un nouveau site sur WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :